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Critique du film Nyad

Kate Rew, fondatrice de Outdoor Swimming Society, fait la critique du nouveau docudrame offert sur Netflix et aborde la controverse entourant la nage réalisée par Diana Nyad en 2013.


Nyad (v.f. : Insubmersible)

Drame sportif

Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi

Annette Bening, Jodie Foster, Rhys Ifans

En salle, et sur Netflix le 3 novembre


Nyad, Netflix


En 2013, à l'âge de 64 ans, Diana Nyad a réalisé le rêve de sa vie : nager de Cuba à la Floride, sur plus de 160 kilomètres en plein océan. Il s’agissait de sa cinquième tentative et un nouveau docudrame de deux heures sur Netflix raconte comment elle y est parvenue.


C’est d’abord un film sur la volonté et l’amitié, avec les personnages principaux interprétés par Annette Bening (Nyad), Jodie Foster (Bonnie Stoll, son entraîneuse et meilleure amie) et Rhys Ifans (le pilote). Les amateurs de technique pourraient broncher en voyant certaines séances de natation, tout en étant stupéfaits par la quantité de nage alors que Nyad mène un vrai combat lors des entraînements, face aux tempêtes, aux méduses-boîtes, aux hallucinations et, à la fin, lors d’une nage de 53 heures.


Bening a suivi un entraînement de natation d’un an pour ce rôle (les rumeurs parlent d'un Oscar) et est excellente dans le rôle de Nyad – arrogante, autoritaire, narcissique et déterminée. Un cauchemar en société, mais une capacité de dissociation remarquable lors des marathons de natation en plus d’une endurance dépassant largement la moyenne.


Le film est réalisé par les documentaristes Elizabeth Chai Vasarhelyi et Jimmy Chin, lauréat d'un Oscar pour le film Free Solo. Ces vrais nerds des sports extrêmes et ultramarathons s’intéressent cette fois-ci à une femme et la nage.


Beaucoup se souviendront que la réputation de Nyad fut ternie en 2013 par un article du New York Times qui remettait en question ses réalisations de l'époque (elle a également été critiquée concernant des incohérences dans son histoire d'abus sexuels et ses affirmations auto glorifiantes quant à ses réalisations sportives).


Cependant, dix ans plus tard, la controverse autour de cette nage semble s'être réduite aux écarts de Nyad face aux règles standards de l’English Channel Marathon Swimming. Plutôt que les soupçons préjudiciables initiaux selon lesquels elle avait grimpé sur le bateau, on lui reproche maintenant d’avoir porté une combinaison de type stinger suit, que son équipage l’ait touché en appliquant du ruban adhésif sur son corps et que ses kayakistes aient utilisé des Shark Shields et une ligne de traîne pour la nage en océan (swim stream).


«Au-delà des écarts bien documentés de Diana par rapport aux règles standards de marathons de nage, il n'y a aucune preuve qu'elle a triché», déclare Evan Morrison du International Marathon Swimming Hall of Fame, qui a examiné les preuves. «Il n'y a aucune preuve qu'elle s'est faufilée sur un bateau dans l'obscurité. Il n’y a aucune preuve qu’elle ait été furtivement remorquée par une corde».


«Oui, Diana Nyad a nagé de La Havane à Key West, en Floride, comme elle le prétend et comme l'ont vu 40 témoins oculaires qui se trouvaient sur ses bateaux d'escorte, déclare Steven Munatones, une figure clé de l’univers des marathons de nage. «Bien que je n'étais pas physiquement sur son bateau d'escorte lors de la dernière tentative, j'étais présent lors des précédentes tentatives infructueuses de Diana et j'ai 100 % confiance en l'intégrité de toutes les personnes impliquées.»


En bref, même si des informations dénigrantes persistent sur Internet, la plupart des gens croient désormais qu’elle a nagé comme l’ont déclaré les 40 témoins oculaires sur les bateaux d’escorte plutôt que de croire la théorie du complot visant à dissimuler une tricherie.

Et maintenant Nyad est sur grand écran; une sexagénaire lesbienne sportive, avec sa meilleure amie aussi sexagénaire lesbienne sportive. Quelle histoire d'amitié inspirante!

Et maintenant Nyad est sur grand écran; une sexagénaire lesbienne sportive, avec sa meilleure amie aussi sexagénaire lesbienne sportive. Quelle histoire d'amitié inspirante! Avec des messages forts: ne jamais abandonner, ignorer ce que les gens pensent, avoir du courage, de la volonté, de la bravoure et le refus de « m’asseoir, fermer ma gueule et attendre de mourir ».


Bien qu’extrême, le monde de Nyad peut tout de même nous sembler familier dans tout plein de petits détails : les lunettes, la graisse, l’ennui, le travail d’équipe, les amitiés, la peur et la sensation de l’eau. C’est merveilleux qu’un tel aperçu de notre monde soit maintenant rendu accessible à tant de personnes au-delà de la communauté des nageurs.


Jodie Foster dans une scène de Nyad, Netflix


Nyad a-t-elle terminé cette nage?


Consciente que la polémique autour de cette nage va refaire surface avec la sortie de ce film, la Outdoor Swimming Society a interrogé le nageur marathonien Steven Munatones, fondateur de la WOWSA (World Open Water Swimming Association), entraîneur de natation américain, créateur du concept Oceans Seven et membre honoraire du International Marathon Swimming Hall of Fame, sur son point de vue concernant la question.


« Oui, Diana Nyad a nagé de La Havane à Key West, en Floride, comme elle le prétend et comme l'ont vu 40 témoins oculaires qui se trouvaient sur ses bateaux d'escorte. J’étais présent lors des précédentes tentatives infructueuses de Diana, mais je n’ai malheureusement pas pu arriver à Key West à temps pour sa traversée réussie. Ce dont j’ai été témoin lors de chaque tentative était un incroyable exploit d’endurance physique et de force mentale. Elle a traversé de terribles tempêtes tropicales jusqu'à ce que le danger devienne trop grand pour elle et tous les membres de son équipage. Elle a supporté la douleur des piqûres de méduses-boîtes jusqu'à ce que sa vie soit menacée. J’ai entendu parler pour la première fois de la tentative de Diana en 2010, alors qu’elle nageait sans arrêt durant des heures dans une piscine de Pasadena, en Californie. Ces années d’entraînement acharné ont finalement porté fruits.


J'ai pu faire partie de son équipe de soutien et j'ai apprécié travailler avec les autres membres de son équipage d'escorte, qui sont des scientifiques, des chercheurs, des médecins et des professionnels de tous horizons. Ils ont donné de leur temps et de leurs talents pour aider Diana à tenter cette épreuve de nage et, finalement, à la terminer. J'étais sur son bateau d'escorte principal lorsque les urgentologues lui ont posé un masque à oxygène et tentaient frénétiquement de la garder consciente. J’étais assis à côté de son navigateur, John Bartlett, et il m'a montré comment il ajustait régulièrement sa navigation en fonction de ce qu'il voyait et des données météorologiques qu'il recevait de différentes sources à partir du continent.


Par conséquent, même si je n’étais pas physiquement sur son bateau d’escorte lors de sa dernière tentative, j’ai 100% confiance en l’intégrité de toutes les personnes impliquées dans les tentatives de Diana. »


Je pense que certaines personnes issues de la communauté des nageurs marathoniens n'apprécient pas le fait que lors de sa première tentative, à plus de 60 ans, elle ait suivi les règles du English Channel Marathon Swimming (c'est-à-dire sans combinaison de néoprène, sans masque, sans ruban adhésif autour de ses poignets et de ses chevilles, sans chaussons, sans gants, sans cage à requins). Mais lorsqu’elle s’est fait piquer par des méduses-boîtes, tout a changé.


Le rêve de Diana était de nager de Cuba jusqu'à la Floride: sauter à l’eau, traverser à la nage et puis ressortir. Mais réaliser ces trois actions n’a pas été aussi facile qu’elle ou son équipe le pensait initialement. Pour réussir cette traversée à la nage, Diana a finalement dû concevoir sur mesure un masque couvrant son visage et une combinaison de type stinger suit, utiliser une nouvelle pommade innovatrice contre les méduses développée par le célèbre expert en méduses, le Dr Angel Yanagihara, et honnêtement, saisir l’opportunité en nageant durant une fenêtre de trois jours d’eaux relativement calmes.


En quatre ans, elle a enfin réalisé son rêve de longue date. À l'âge de 64 ans.


Ses trois messages avant, pendant et après ce succès sont les suivants :

(1) n'abandonne jamais,

(2) tu n’es jamais trop vieux pour poursuivre tes rêves,

(3) sois accompagné par une équipe talentueuse.


Certains nageurs marathoniens continueront d’être contrariés pour diverses raisons. Mais ces trois messages sont de merveilleuses leçons de vie pour quiconque poursuit des objectifs hors de sa zone de confort.



Kate Rew

Kate Rew a fondé Outdoor Swimming Society (OSS) qui compte aujourd'hui plus de 250 000 membres sur ses réseaux sociaux : avec l'infolettre gratuite Elsewhere, une page Instagram et une communauté Facebook florissante. Depuis sa création, l'organisation a encouragé des dizaines de milliers de nageurs à participer à de magnifiques nages de longues distances. L'auteure en est maintenant la directrice créative et dirige la société depuis son petit bureau de jardin. Kate a grandi en nageant dans une rivière du Devon et a nagé dans tout l'Angleterre dans le cadre de l’écriture de ses livres Wild Swim et Outdoor Swimmers Handbook. (Photo : Kate Rew, Outdoor Swimming Society)




Cet article a été traduit de l'anglais avec l'autorisation de Outdoor Swimming Society qui en conserve tous les droits et la propriété.

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