Randonnée de nage au lac Carillon
- Marie-Claire Fortin

- 23 nov. 2025
- 5 min de lecture
J’essaie de trouver des endroits où nager en eau libre depuis un moment, mais une nouvelle envie a germé en moi: faire des randonnées de nage sur plusieurs jours.
Retour en arrière.
Cet été, au lac Wapizagonke dans le parc national de la Mauricie, une première expérience de nage-camping m’a ouvert cette porte: trois jours, deux nuits, et environ 3 km de nage par jour. C’est là que j’ai compris que le plaisir venait autant de l’aventure que de la préparation. Comme pour une randonnée en sentier, le faire à la nage exige de l’organisation et de tenir compte de nombreux facteurs de risque: météo, distance, plan d’eau, température, capacité des participantes, sorties d’urgence.
En revenant de cette première expérience, j’ai pensé à Catherine, qui m’avait raconté qu’elle était allée passer une nuit dans un refuge au lac Carillon avec son amie Geneviève. Elles auraient aimé explorer le lieu à la nage et souhaitent y retourner.
C’est ainsi que l’idée du lac Carillon est née.
Le départ vers le refuge

Crédit: Catherine Baboudjian
L’expédition que nous avons commencé à organiser, Catherine, Geneviève et moi, consistait à se rendre à la nage jusqu’au refuge du lac Carillon, soit environ deux kilomètres. Le défi tenait au fait qu’il fallait transporter tout notre matériel pour deux nuits: bagages, nourriture, eau potable. À la fin septembre, la température de l’eau allait osciller autour de 16 à 17 °C. Les wetsuits étaient donc essentiels, car nous allions passer plus d’une heure dans l’eau. La vigilance aux signes d’hypothermie allait être de mise.

Crédit: Geneviève Matte
Le lac Carillon, dans le Parc naturel régional de Portneuf, est un magnifique lac entouré de forêts, peu large, en forme d’arche, avec de petites îles. Dès notre arrivée, j’ai été heureuse d’avoir choisi la fin septembre. Les couleurs étaient resplendissantes et notre fébrilité était à son maximum.
Une logistique bien pensée
Nous utilisons les bouées RuckRaft® de la compagnie Above and Below, d’une capacité de 122 litres chacune. C’est essentiellement un sac étanche fixé sur une bouée. La bouée est munie d’une ceinture ajustable qui permet de tracter son équipement sur l’eau en nageant. C’est une solution ingénieuse pour ce type d’expédition. Nous en avions deux pour trois nageuses et, par précaution, nous avions aussi ajouté nos bouées de nage habituelles pour transporter quelques éléments moins sensibles à l’eau.
Le succès de l’expédition tenait aussi au fait que Catherine et Geneviève connaissaient déjà le territoire pour y avoir séjourné l’année précédente. Lorsqu’on nage, se repérer sur un lac peut être beaucoup plus difficile qu’en kayak ou en canot. Leur connaissance des lieux a permis de réduire le temps nécessaire pour trouver le bon chemin jusqu’au refuge.

Notre bonheur à son apogée au départ de notre aventure.
Marie-Claire Fortin, Geneviève Matte et Catherine Baboudjian
Crédit : Geneviève Matte
Tout était planifié entre nous: qui allait allumer le feu, où étaient les vêtements secs, comment se réchauffer rapidement en arrivant. Mais à notre grande surprise, le temps était magnifique en fin de journée lorsque nous sommes arrivées au site pour notre première nuitée. Le site du refuge du lac Carillon est positionné de façon à offrir une vue directe sur le lac et les couchers du soleil.

Crédit: Catherine Baboudjian
Au total, nous avons nagé environ deux heures pour y arriver. Ce n’était pas une course. Combien de fois je me suis arrêtée pour simplement admirer les couleurs et me sentir pleine de gratitude de pouvoir me trouver en plein milieu d’un lac, avec des partenaires de nage inspirantes, seules au monde.
Une saison à la fois. Un lac à la fois. Je crois qu’un jour, nous serons nombreux à faire ce genre de randonnées de nage.
Le lendemain, nous nous sommes dirigées vers le lac Montauban, une marche de moins d’un kilomètre dans une forêt d’automne au summum de sa beauté. À peine parties à la nage, nous avons aperçu une hutte de castors près du rivage. Cela nous a fait réfléchir: le risque, dans les eaux où peuvent habiter des castors, est d’attraper une bactérie appelée Giardia lamblia, la fameuse « giardiase ». Par prudence, j’ai nagé vers un canot de pêcheurs pour leur demander s’ils savaient si la hutte était habitée. Ils nous ont répondu qu’elle était abandonnée.

Lac Montauban
Crédit: Catherine Baboudjian
Rassurées, nous avons poursuivi notre exploration, mais rapidement, ce sont les bateaux à moteur qui ont gâché notre plaisir. Comme nous étions dans un endroit qui nous était inconnu, nous avons préféré rebrousser chemin. Mais nous en gardons un beau souvenir et, j’en suis certaine, nous y retournerons.
Le soir, en discutant, nous avons réalisé que c’est ce genre de randonnée qu’on aime: aller d’un point A à un point B, vivre une aventure à plusieurs, s’entraider, partager. Pas pour performer ou se mesurer, mais pour savourer le trajet, ensemble.
Chapeau à Geneviève qui avait pris en charge la gestion de la nourriture. Tout était parfait, des quantités à la variété. Ce brownie fondant réchauffé sur le poêle en fin de soirée. #encore. Tout le monde le sait bien: nager creuse l’appétit.

Crédit: Nage en eau libre Québec
Retour et lumière d’automne
Le lendemain, notre retour fut plus rapide. L’eau était déjà plus froide, le vent s’était levé et le lac était couvert de vagues. Heureusement, le ciel s’est ensuite éclairci et nous a mis la table pour une arrivée splendide à notre point de départ.
Pour moi, la nage en automne est encore plus magique qu’en été. J’adore voir les eaux sombres dans lesquelles se reflètent les arbres colorés. J’aime cette lumière particulière, créée par le soleil plus bas sur l’horizon. De plus, comme je ne suis pas encore adepte d’eau froide, je savoure toujours ces dernières nages de saison.

Crédit: Nage en eau libre Québec
Catherine, Geneviève et moi sommes revenues le cœur gonflé. Cette expérience nous a confirmé que ce type de randonnée, aller d’un point à un autre entièrement à la nage, dormir en refuge, prendre le temps, se sentir libres, c’est exactement ce que nous aimons. Nous avons déjà mille idées pour recommencer ailleurs. Et nous rêvons maintenant de partager ce plaisir avec encore plus de nageurs et de nageuses du Québec. Parce que ce bonheur là, celui d’être ensemble, de se dépasser sans se presser, de vivre l’eau autrement, mérite d’être vécu à plusieurs.
Marie-Claire Fortin
Fondatrice du site Nage en eau libre Québec, nageuse récréative et passionnée, elle souhaite aider les nageurs à trouver des sites où pratiquer la nage en eau libre en toute sécurité et que les propriétaires qui peuvent permettre des accès soient sensibilisés et embarquent dans le mouvement.


