Nager en eau libre, une activité de plein air risquée?
- Louise Séguin

- 30 mars
- 6 min de lecture
Pour faire du pouce sur l’article La nage en eau libre, c’est du plein air, qui dit plein air, aventure, randonnées de toutes sortes, dit également: gestion des risques.
À la suite d’une réflexion d’un groupe de nageurs et nageuses au lac Simon, au printemps dernier, le site de Nage en eau libre Québec expose aussi très bien les principes élémentaires servant à questionner notre pratique et notre environnement.
Comme toute bonne démarche de gestion des risques et de planification des mesures d’urgence, ces principes s’appuient d’abord sur l’évaluation des capacités des nageurs et nageuses, du milieu naturel et des dangers inhérents à l’activité.
À la suite de cette réflexion, nous avons décidé de pousser l’exercice plus loin, en choisissant de travailler avec les outils proposés par le Réseau Plein Air Québec. Nous avons ainsi réalisé et testé en situation réélle soit une expédition de nage-camping au lac Wapizagonke. (On propose ici « aqua-camping » comme une nouvelle terminologie à intégrer dans notre vocabulaire!)
Petite histoire de la gestion des risques dans les activités d’aventure au Québec
Le Réseau Plein Air Québec (RAPQ) a été fondé en 2019. Il regroupe 11 fédérations québécoises de plein air, excluant la Fédération de natation du Québec. Pour sa part, cette dernière s’intéresse essentiellement aux événements de compétition et non à la dimension récréative de l’activité, bien que celle-ci soit pratiquée par un nombre croissant d’adeptes.
Au cours des dernières années, Aventure Écotourisme Québec (AEQ), le regroupement des producteurs en tourisme d’aventure offrant des activités encadrées dans une multitude de disciplines de plein air, et le Réseau Plein Air ont joint leurs expertises respectives pour bâtir et proposer des outils pouvant être utilisés non seulement par les producteurs et les guides d’aventure, mais également par une clientèle de pratiquants et pratiquantes.
Il en est résulté un site web fort bien fait où une boîte à outils regroupe des gabarits de plans de sortie, de plans de mesures d’urgence, de même que des capsules vidéo et des feuillets éducatifs. Ces outils s’adressent tant aux adeptes et aux encadrants qu’aux gestionnaires de sites de plein air.
La liste des guides d’encadrement qu’on y présente n’inclut toutefois pas la nage en eau libre. Nous espérons bien qu’un jour, la nage en eau libre — non axée sur la compétition, mais plutôt sur le loisir — y occupera sa juste place.
Pour l’instant, le travail reste à faire et l’effort, à fournir. À l’été 2025, nous ne disposions d’aucun modèle spécifique à l’activité planifiée, soit une sortie de trois jours incluant 9 km de nage et trois nuitées en camping au lac Wapizagonke, dans le parc national de la Mauricie. Nous avons donc plongé avec enthousiasme, tête première dans l’aventure, ce qui nous a amenées à élaborer nos propres plans — avec beaucoup de plaisir, d’ailleurs.
Nos étapes
Nous avons d’abord exploré et utilisé les gabarits, fort bien conçus, du Réseau Plein Air. Nous les avons ensuite testés durant nos trois jours d’expédition. Notre évaluation du résultat final a été généralement positive, tout en nous permettant d’identifier certaines faiblesses et des améliorations possibles pour des plans encore plus complets.

Crédits: Nage en eau libre Québec
Une démarche de A à Z : le PMU et le plan de sortie
L’outil numéro 1 - Le Plan de mesures d’urgence (PMU)
Le plan de mesures d’urgence « vise à planifier votre réponse en cas d’urgence (…).
Il rassemble différentes informations et actions attendues afin de répondre à (…) un accident, un incident ou un presque accident »¹.
Les gabarits du PMU ont été conçus en fonction du niveau de risque que comporte l’activité. Il est essentiel de les adapter le plus précisément possible à notre contexte pour en assurer l’efficacité. Vaut mieux prévenir que guérir, non?
Ce n’est pas lorsqu’un incident se produit qu’il est temps de réfléchir à ce qu’il faut faire. Cette réflexion doit impérativement précéder la sortie, et les plans doivent être réalisés avec minutie. Ce sont des conditions essentielles pour assurer la sécurité des nageurs et nageuses, ainsi que de leurs accompagnateurs et accompagnatrices.
Les éléments de notre PMU
Nous avons utilisé le gabarit pour les sorties avec nuitées, ce qui correspondait à notre besoin. Les gabarits peuvent aussi être utilisés pour des sorties plus courtes, ou plus longues.
Le PMU nous a permis d’identifier les concepts et les informations de base requis pour notre expédition en eau libre. Il comportait notamment les éléments suivants:
Quoi faire si une personne manque à l’appel, si un sauvetage est nécessaire, si une personne a besoin de premiers soins ou doit être évacuée;
Quels sont les points d’accès pour les secours, les ressources disponibles, leur localisation, leurs coordonnées, ainsi que celles des ressources externes telles que notre « ange gardien » (personne de confiance), les services médicaux d’urgence, etc.;
Et, finalement, un des éléments les plus cruciaux en cas d’urgence : un protocole de communication éprouvé et efficace. Les rôles et responsabilités de chaque partie prenante, de même que la chaîne de communication, y sont clairement établis. Idéalement, chaque maillon de la chaîne connaît son rôle.

Crédits: Nage en eau libre Québec
L’outil numéro 2 - Le plan de sortie
Le plan de sortie est l’outil où sont consignés les détails de notre sortie. Selon le contexte, il peut jouer une ou plusieurs fonctions: aide à la planification, composante des mesures d’urgence ou encore trace écrite de notre démarche. Le plan de sortie collige l’information essentielle relative à la sortie (où, quand, quoi, etc.). Il s’inscrit à l’intérieur des mesures d’urgence. On en laisse une copie à une personne de confiance (notre « ange gardien »), qui aura pour rôle de le transmettre aux autorités advenant la disparition du groupe.
Les éléments du plan de sortie
Le plan de sortie accompagne et complète le PMU. On y consigne notamment l’identité, les coordonnées et les moyens de communication des participants et participantes ainsi que de l’ange gardien, une description détaillée de l’itinéraire et, un des éléments les plus importants, l’identification des risques liés à la nage en eau libre (avec, dans ce cas précis, ceux liés à la pratique du canot-camping, qui comporte ses propres risques).
L’identification des risques est l’étape qui permet la suite de la réflexion, c’est-à-dire comment les gérer (prévention, mitigation, intervention). Dans notre cas, nous avons identifié, en résumé, les risques suivants:
Liés aux activités de nage, de canot et de camping: noyade, hypothermie, blessures musculo-squelettiques, épuisement, déshydratation, insolation;
Liés à l’environnement et au matériel: pluie intense, foudre, vent et vagues, dessalage accidentel, pertes et dommages au matériel, animaux sauvages, éloignement des points de sortie, accessibilité partielle aux communications cellulaires.
L’ange gardien
Le choix de l’ange gardien, aussi appelé personne de confiance, est primordial. En effet, son rôle est majeur en cas de problème. Cette personne doit être choisie pour sa bonne compréhension des enjeux des activités en milieu naturel. Elle doit aussi être dotée d’une solide capacité à gérer une situation de crise, et on doit lui fournir tous les outils dont elle pourrait avoir besoin.
L’AEQ décrit ainsi son rôle : « Pour toute sortie sur le terrain, le dépôt avant le départ du plan d’urgence à un “ange gardien” (ou deux) est fondamental à la gestion des risques. Le plan est de loin la meilleure façon d’obtenir de l’aide en cas d’urgence, car il sensibilise quelqu’un en ville à toutes les informations susceptibles d’accélérer les secours. Aussi, cette même procédure permet de rejoindre le groupe en cas de force majeure, par exemple pour avertir du décès d’un membre de la famille ou de la présence d’un feu de forêt qui se dirige vers le secteur. »²

Crédits: Maëlle Plouganou
Conclusion
L’expérience est concluante: nous sommes convaincues de l’utilité de ces outils. Nous ne pouvons que recommander leur utilisation, sans hésiter, et ce, même pour des sorties d’une journée.
À ce jour, très peu d’accidents ont été répertoriés dans notre secteur de loisir, encore en émergence. C’est à l’avantage de tous les nageurs et nageuses, ainsi que des gestionnaires de sites, de voir se généraliser dès maintenant l’adoption des comportements les plus sécuritaires possibles.
N’oublions pas qu’une des principales préoccupations des gestionnaires de lieux de nage est l’assurance responsabilité. L’expérience a d’ailleurs démontré, dans le domaine du tourisme d’aventure, que plus la gestion des risques est structurée et éprouvée, moins les assureurs hésitent à couvrir les activités visées. Tout est dans tout : plus les activités de nage en eau libre intégreront la gestion des risques, plus la perception de sécurité et d’accessibilité augmentera. Gagnons notre pari !
SOURCES :

Louise Séguin
Louise a passé l’essentiel de sa carrière en tourisme à travailler avec les secteurs du tourisme autochtone, du tourisme nordique ainsi que du tourisme de nature, aujourd’hui de plus en plus populaires, mais encore très marginaux au début des années 2000.
Elle a collaboré étroitement avec Aventure Écotourisme Québec à l’élaboration de normes de sécurité pour les différentes activités offertes par les producteurs, une démarche initiée à la suite d’un accident de canot survenu lors d’une activité guidée sur la rivière Nouvelle, en Gaspésie.
Elle a pris son premier cours de natation à 65 ans — il n’est jamais trop tard pour commencer. Depuis, elle nage dans son bassin, dans les piscines publiques, dans les lacs, les rivières, les océans, et aussi dans son voisin, le fleuve Saint-Laurent. La nage lui sauve la vie à chaque kilomètre parcouru. Elle préserve sa santé mentale et physique, dans le plus grand des plaisirs.
Elle tient à remercier Magalie Bernard, d’Aventure Écotourisme Québec, ainsi que Renée-Claude Bastien, guide professionnelle, qui l’ont accompagnée et guidée dans cette démarche.

