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Nager, camper, recommencer

il y a 8 heures
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 heure

Six nageuses au parc régional Kiamika


À la suite de mes expériences de nage-camping et de nage-randonnée au lac Wapizagonke et au lac Carillon en 2025, j’ai eu envie de remettre nos bouées à l’eau l’été suivant. J’avais déjà nagé sur plusieurs jours, une première fois avec une nageuse, puis une deuxième fois avec deux nageuses. Cette fois-ci, je voulais partir avec un plus grand groupe.


Je trouve que la recherche de la destination fait déjà partie de l’aventure. L'automne et l'hiver, je regarde les cartes, je fouille les sites des parcs et j’essaie de trouver quelques sites de camping éloignés de moins de cinq kilomètres les uns des autres. Je me suis aussi mise à rêver de camper sur des îles. Le parc régional du Poisson Blanc et le parc régional Kiamika m’offraient cette possibilité. C’est finalement Kiamika qui allait nous accueillir.


J’avais discuté à quelques reprises avec Catherine Lussier, une nageuse en eau libre de Mont-Laurier. Je la savais intéressée par ce genre d’expédition. Nous avons donc formé un groupe de six nageuses. Nous allions être accompagnées d’un canot et nous relayer à tour de rôle comme pagayeuses. Ce canot allait transporter toute la nourriture ainsi que les bagages des deux pagayeuses.


Un départ sous les nuages. Crédits photo: Nage en eau libre Québec


Les sites de camping furent réservés: un premier campement à moins de trois kilomètres du départ, un deuxième à une distance similaire. Le retour, lui, allait être plus long, environ cinq kilomètres. Pour le reste du matériel, nous avions encore choisi les RuckRafts d’Above Below pour que chaque nageuse puisse transporter ses affaires sur l’eau.


Le ciel était gris et pluvieux ce matin de juillet lorsque nous nous sommes toutes retrouvées chez Catherine. Je nous sentais fébriles, excitées de partir. Huguette, Sandra, Catherine, Marie-Pier, Charlotte et moi. Avant de prendre la route, nous avons revu ensemble le plan de gestion des risques que j’avais préparé à partir des outils du Réseau plein air Québec, notamment leur plan de gestion des risques et leur plan de mesures d’urgence. J’aime m’appuyer sur ces outils parce qu’ils m’obligent à ralentir, à réfléchir aux imprévus et à ce qu’on ferait si quelque chose tournait mal. Ils ont été créés pour d’autres sports de plein air, mais ils s’adaptent très bien à des aventures de nage.


Nous sommes parties vers le secteur Blueberry. Au bord de l’eau, pendant les derniers préparatifs, la préposée à l’accueil nous a gentiment proposé un itinéraire légèrement différent de celui que nous avions imaginé. Il nous a tout de suite plu. Et surtout, il n’y avait pas de portage. Elle savait que nous allions nager et notre projet semblait vraiment l’enchanter.


Crédits photo: Nage en eau libre Québec


Pour cette première journée, j’ai décidé de partir en canot. J’étais un peu nerveuse avec toute cette organisation. Je savais que je pourrais nager les jours suivants. La pluie a commencé presque aussitôt. Les nageuses commençaient déjà à avoir froid. Il fallait partir.

L’île devant nous était à 2,7 kilomètres, une distance que je savais à leur portée. Mais le vent s’était levé de face. À chaque vague, Charlotte, à l’avant du canot, recevait une bonne quantité d’eau. Honnêtement, je réalisais que j’aurais préféré être dans l’eau plutôt que dans un canot au milieu de ces vagues. Moi, d’habitude, j’nage!


Le canot avançait plus vite que les nageuses. Je m’éloignais d’elles et, avec ces conditions, je ne voulais pas faire demi-tour. J’ai donc décidé de rejoindre l’île le plus rapidement possible. Pas question de chavirer avec toute la nourriture dès la première journée.

Une fois sur l’île où nous allions camper, j’ai aperçu un campeur plus loin avec une chaloupe équipée d’un moteur. Je suis allée le voir en courant pour lui demander s’il accepterait d’aller vérifier avec moi comment elles allaient. Il a accepté sans hésiter.


Nous les avons retrouvées aux trois quarts de leur parcours. Elles avançaient bien, avec force, le sourire aux lèvres. Seule Marie-Pier commençait à avoir vraiment froid. Nous lui avons proposé d’embarquer dans la chaloupe, mais elle voulait terminer sa nage.


Et c’est ce qu’elle a fait.


Je l’ai accueillie sur la plage 45 minutes plus tard avec une couverture. Les premières arrivées montaient déjà le camp et avaient allumé un feu. Marie-Pier s’est changée, a séché ses cheveux le plus possible et a grignoté des amandes au chocolat en grelottant pendant plus d’une heure. Je l’ai surveillée toute la soirée, sans trop que cela paraisse, pour m'assurer qu'elle se réchauffait. Elle était fière. Nous l’étions toutes.


Crédits photo: Nage en eau libre Québec


Des liens se tissaient. Cette première nage difficile nous faisait déjà réaliser certaines choses et nous plongeait, sans détour, au cœur de l’action. Au cœur de l’aventure.


Le lendemain matin, le réservoir était plus calme et, le temps de ranger le campement, les nuages s’étaient dissipés. Pour atteindre notre prochain site, il fallait choisir: suivre la rive ou traverser. Le vent était léger, alors nous avons choisi la traversée. Cette fois, je partais à la nage.


Les 4 nages que nous avons faites en 2 jours.

Photo: Catherine Lussier


Nous avons contourné l’île et nous nous sommes lancées.


Cette traversée m’a émerveillée. Même avec un vent discret au départ, il y avait de belles vagues au milieu. J’alternais crawl et brasse, non pas pour récupérer, mais pour regarder autour de moi, pour mesurer l’immensité du réservoir. L’eau était d’un bleu profond, presque noir.


Un pêcheur s’est approché. Il nous a dit qu’il était surpris: de loin, il voyait quatre sacs de couleur traverser le réservoir. Il nous a demandé en riant si nous avions perdu un pari ou si nous étions punies pour quelque chose que nous avions fait.

Était-ce si difficile à croire qu’à cet instant, nous étions toutes très heureuses et non punies? Mais effectivement, je comprends que ça puisse surprendre.


Nous avons fait une pause au soleil sur une plage pour dîner. Protéines — œufs cuits durs et houmous —, légumes crus, dattes, fruits, chocolat, biscottes. Puis départ pour une deuxième nage, plus près de la rive, avant de tourner pour entrer dans une baie.


Crédits photo: Nage en eau libre Québec


Constat partagé: il est difficile de s’orienter sur l’eau. Les distances sont trompeuses. À cet endroit, il est possible de télécharger des cartes hors ligne avec la plateforme ONDAGO. Cela vaut vraiment la peine pour s’orienter.


La baie où nous avons passé notre deuxième nuit est probablement mon coup de cœur. Nous nous sentions seules au monde, au fond de cette baie, après une longue journée passée dehors et dans l’eau. Puis se coucher le soir en sachant que demain, tout ce qu’on fera, ce sera de remettre nos affaires dans les sacs, d’entrer dans l’eau et de repartir, c’est un sentiment extraordinaire.


Crédits photo: Nage en eau libre Québec


Le troisième jour, j’ai repris ma place dans le canot avec Charlotte. En décidant de notre parcours avant le départ, nous avions mal évalué les hauts-fonds. Nous nous sommes retrouvées dans une zone sablonneuse où il devenait difficile de pagayer et de nager. Le groupe s’est séparé en deux. Catherine et Sandra sont retournées vers le large pour contourner cette avancée de sable. Huguette et Marie-Pier ont choisi de la traverser.


Peu importe les chemins empruntés, nous nous sommes toutes retrouvées au même point d’arrivée. Catherine et Sandra les premières, après une longue nage côte à côte, presque synchronisée. C’est tellement agréable de trouver quelqu’un avec qui nager au même rythme.


Dès mon arrivée en canot, je suis retournée à l’eau pour rejoindre à la nage Huguette et Marie-Pier qui terminaient elles aussi leur traversée.


L’aventure a pris fin par un dîner commun à l’accueil. Une aventure accessible, avec des distances raisonnables pour des nageuses de niveau intermédiaire. Nous sommes reparties chacune de notre côté, en nous promettant de nous retrouver pour d’autres expéditions.


Cette nage-camping m’a, une fois de plus, convaincue qu’il y a une réelle place pour ce genre d’aventure au Québec.

Les nageuses heureuses: Sandra, Catherine, Marie-Pier, Huguette, Charlotte et Marie-Claire

Crédits photo: Nage en eau libre Québec


Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé quelque chose qui nous avait échappé sur le moment: nous étions six femmes à des étapes très différentes de nos vies, couvrant six décennies.

Je les remercie d’avoir sauté à l’eau avec moi et d’avoir osé faire quelque chose de différent. D’avoir l’audace de plonger et de vivre le plein air autrement. Elles m’inspirent toutes beaucoup. Et c’est aussi pour elles que je dépasse mes propres limites, parce qu’en retour, je me sens soutenue.


Merci.



Marie-Claire Fortin

Fondatrice du site Nage en eau libre Québec, nageuse récréative et passionnée, elle souhaite aider les nageurs à trouver des sites où pratiquer la nage en eau libre en toute sécurité et que les propriétaires qui peuvent permettre des accès soient sensibilisés et embarquent dans le mouvement.

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